dimanche, mars 12, 2006

Vie à l'homme et à l'ours, de A. Cazetien*


A ceux qui écrivent et proclament « Mort à l’ours », je réponds sans aucun esprit provocateur « Vie à l’ours ». Parce que cela signifie vie à la nature dans toute son admirable diversité et par conséquent vie à l’homme qui n’a aucun avenir s’il continue à détruire le milieu naturel dont il est issu.
Avec l’ours et tant d’autres espèces vivantes, c’est l’air, c’est l’eau, la forêt, les sols qui sont atteints par la folie productiviste, l’inconscience, la bêtise des êtres humains. L’homme n’a pas d’autres choix que de vivre en harmonie avec la nature s’il veut perpétuer sa propre existence. Ceux qui ameutent la population en criant ou laissant crier « mort à l’ours » se conduisent en irresponsables. Surtout s’il s’agit de dirigeants et d’élus politiques. Faisant cela ils masquent les causes réelles et profondes des difficultés de la vie que connaissent les habitants de nos vallées. Ce ne sont pas quelques ours qui sont responsables du chômage, des bas salaires, du marasme du petit commerce, de la disparition des services publics, de la désertification de nos campagnes. C’est une politique soutenue dans la plupart des cas par ceux qui crient « mort à l’ours » et « oui aux camions » d’un axe autoroutier de marchandisation de la planète.
Les arguments pour essayer de leur faire peur sont dérisoires. Prétendre que la maintenance de l’ours est un danger pour les randonneurs ne tient pas debout lorsqu’on sait que dans les années 50 du siècle dernier, des milliers d’enfants et d’adolescents en classe verte se sont promenés dans le massif de Lescun à partir du chalet de l’Abérouat, sans rencontrer ni voir un seul de ces plantigrades qui se comptaient alors par dizaines dans les Pyrénées occidentales. Faire de l’ours un épouvantail est une mauvaise action. Le pastoralisme signifie la présence de l’homme dans la montagne avec toutes les installations et les protections nécessaires, et pas seulement l’envoi de troupeaux laissés à l’abandon sous la menace de chiens errants.
« Mort à l’ours » cela signifie aussi qu’il faudrait avec des troupeaux sans la permanence des bergers, renoncer au fromage fabriqué dans les estives, à la foire et fête de septembre, et se résigner à l’industrialisé Ossau- Iraty. Cela voudrait dire que les magasins de Bedous, de Laruns, ou d’Artouste devraient retirer de leurs enseignes les oursons et qu’il faudrait effacer leur image des livres de conte pour les petits enfants. Ces enfants, lorsqu’ils seront devenus grands dans le siècle qui commence, jugeront sévèrement leurs parents et grands-parents qui n’auront pas su, pas compris que l’homme est l’ami des bêtes, ou tout au moins son cohabitant obligé dans la Nature.
Vie à l’homme et à l’ours, c’est le seul cri digne des humanistes que nous voulons être.

*André Cazetien est ancien maire de Mourenx et militant des Verts.


Cannelle et son ourson, de J.J. Camarra.

1 Comments:

Anonymous Anonyme said...


L’ours, ou quand on reparle de Jean Lassalle

29 avril, 2006 05:42  

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