vendredi, octobre 06, 2006

130 euros (852,80 francs) pour avoir le droit d'exposer UNE toile!

Petite réaction à chaud, après la réception d'un courrier d'une association de peintres qui organise une exposition annuelle collective.

J'ai d'ailleurs déjà participé à une de ces manifestations, qui dure trois semaines, et qui, avouons-le, n'apporte pas grand chose professionnellement (la plupart des adhérents sont des retraités!), si ce n'est une "gratification" personnelle.

Ce qui m'amène à écrire ce billet aujourd'hui, est le ras-le-bol de la situation de la plupart des plasticiens, artistes peintres qui souhaitent exposer pour vivre de leur art, et non pas pour caresser leur ego.
Il y a quelques temps, les intermittents du spectacle se sont regroupés pour dénoncer la précarité de leur situation.
Pour ce qui est des peintres, il n’existe, à ma connaissance, aucune fédération libre qui les réunit, porte leur parole et défende leurs intérêts.
Pourtant, pour un peintre, vouloir vivre de son art est une gageure que le système actuel, tant professionnel qu’associatif, démonte de manière quasi systématique.

Pour exposer ( ce qui est quand même un des outils primordiaux pour faire connaître son travail, et …le vendre ! donc rémunérer son travail), un peintre doit payer.
Outre les droits que toute personne verse à l’Etat, le peintre, lui, doit payer juste pour exposer. Il y a toujours un droit d’accrochage, ajouté à une cotisation, et souvent à un pourcentage pris par l’association sur l’éventuelle vente.
L’exemple qui me conduit à ce texte n’est que le énième rencontré dans mon quotidien d’artiste !
Ici, en plus de la cotisation à l’association qui se monte à 20 euros, on demande, pour exposer une toile : 12 euros pour une toile de M10 à F20 (= de55x33 à 73x60cm)
25 euros pour un format de M25 à F30 (81x54 à 92x73cm)
30 euros par œuvre de F40 à M50 (100x81 à 116x89).


De plus, un catalogue est édité pour cette unique exposition, et ne sera dans les faits que très confidentiellement regardé, et en presque totalité par les peintres exposants et les invités du vernissage. La portée de cet ouvrage n’en est que plus limitée.
Pourtant, l’association propose aux peintres exposants d’imprimer la photo du tableau qu’ils présentent, pour la modique somme de ( et c’est là que je dénonce un véritable abus) 80 euros (sur une page entière) ou 40 euros (sur une demi-page).
Deuxième rappel : 80 euros =524,80f ! Plus de 500 francs pour avoir la photo d’un tableau imprimé sur un catalogue d’exposition d’une association de province !
Si un peintre, autre qu’un bien nanti retraité, et voulant vivre de son art, a la folie, l’inconscience d’accepter les termes de cette proposition, il devra, pour exposer une toile (durant trois semaines), débourser entre 112 et 130 euros !

Et n’oublions pas le droit de 10% prélevé sur les ventes (même aléatoires) par la dite association.

Sachant que ceci n’est qu’un exemple, et qu’en règle générale, le droit d’accrochage pour exposer est toujours payant, comment se fait-il qu’aucun peintre n’ait manifesté avec les intermittents du spectacle.

Un musicien est payé pour faire écouter sa musique, mais un peintre doit payer pour montrer sa peinture !!!
Il y a là quelque chose d’incongru, et d’assez affligeant.

Je lance un appel, sur mon petit blog, aux peintres qui me lisent et qui se sentent concernés : il faudrait que nous aussi, artistes peintres fassions preuve de solidarité faire valoir nos droits.
Pourquoi pas nous regrouper, sous la forme d’une association par exemple, pour dénoncer ces pratiques, et trouver d’autres moyens …
J’émets ces hypothèses, mais j’attends vos idées et vos réactions….

10 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Certaines manifestations artistiques sont à éviter absolument, que l'on soit artiste professionnel ou non : ce sont celles où il est demandé aux artistes de payer pour exposer. Demander à celui qui veut vivre de son art de payer, c'est précisément l'empêcher d'en vivre ; pour le peintre ou le sculpteur amateur, créer devient un loisir coûteux réservé à ceux qui ont les moyens...

De plus, ces associations font, la plupart du temps, passer deux fois l'artiste à la caisse : non contentes de lui demander un droit d'accrochage, elles exigent un pourcentage sur le prix des tableaux. Plus qu'un marchand d'art qui, lui, ne fait que prélever un pourcentage sur les ventes, ce qui est d'ailleurs compréhensible : c'est son métier, il paie des taxes et une patente pour ça.

Enfin, ces manifestations artistiques présentent généralement les caractéristiques suivantes qui montrent leur totale absence d'intérêt pour la carrière d'un artiste :

Elles sont gérées par des associations qui, souvent, ne comptent pas d'artistes professionnels (mais de talentueux retraités, des salariés ou des femmes au foyer dont peindre est le loisir, des fonctionnaires territoriaux qui veulent promouvoir l'art dans leur ville...). Leur préoccupation n'est pas d'aider les artistes à se faire connaître (elles n'en ont peut-être pas les moyens matériels) mais de faire la renommée de leur association ou de leur ville. Le seul fait de faire payer l'artiste instaure d'ailleurs une hiérarchie symbolique : ce n'est pas lui qui honore la manifestation de sa présence ; il doit au contraire se sentir flatté de participer !

Édition après édition, on y rencontre souvent les mêmes participants, qui forment une petite coterie narcissique, très occupée à s'autocongratuler. Chacun est très soucieux de faire reconnaître ses mérites mais peu enclin à considérer celui des autres, surtout des nouveaux venus ! Peu de chance, donc, de profiter de la manifestation pour se faire connaître et rencontrer des gens.

Peu de visiteurs : un public local peu averti, pour qui la manifestation est surtout un divertissement. Il effectue rarement la démarche d'acheter un tableau ou une sculpture. On paie donc pour s'inscrire, mais on a peu de chance de vendre... De plus, nombre de visiteurs sont des amis ou des parents des exposants ; ils espèrent que « le leur » va vendre mais ne sont pas là pour acheter.

Du fait de leur situation, les organisateurs ont un goût assez « classique » ou ont des idées très arrêtées en matière d'art : généralement, le figuratif prime sur l'abstrait, l'huile sur l'aquarelle, les sujets sérieux sur l'humour, le joli sur le violent, etc... Si un concours est organisé, des prix attribués, les oeuvres originales ou atypiques ne seront pas forcément privilégiées. Seront considérés comme les meilleurs ceux qui maîtrisent les techniques classiques et font des « choses difficiles » (de belles marines, des paysages, des natures mortes ou des fleurs « plus vraies que vraies », des effets de lumière réalistes). Si la manifestation donne lieu à un article dans le canard local, c'est donc eux qui seront mis en avant (cela ne signifie nullement que leur succès est immérité, mais que d'autres artistes, également doués mais moins consensuels, ont peu de chance d'être remarqués).

Il faudrait répertorier toutes ces manifestations, dans une espèce de "livre noir" pour éviter aux artistes professionnels ou amateurs de perdre du temps, de l'argent et quelquefois l'estime de soi...

Céline (qui peint pour le plaisir et a payé pour exposer)

11 septembre, 2007 14:21  
Blogger thalys said...

Ce n'est pas le nombre de commentaires qui compte, mais bien leur qualité!

Ton commentaire, Céline, complète à merveille mes propos. J'aurais pu dire exactement la même chose, ta vision est tellement claire, lucide et reflète tout à fait ce que j'ai pu observer! Tout y est, les retraités, les femmes au foyer, l'absence d'âme artistique, les jugements académiques et désuets, les clans fermés, etc...
merci pour cette longue analyse, et pour avoir pris le temps de si bien témoigner d'un vrai problème qui pénalise tout "vrai" artiste voulant vivre de ce métier, qui banalise la création artistique à tel point qu'on ne reconnait ra bientôt plus l'amateur du professionnel, noyé dans l'engouement pour l'expression artistique, le loisir qui tue la profession!

En espérant te retrouver quelque part sur le net!
Ton commentaire me donne envie de mieux te connaitre, et découvrir ta création!

11 septembre, 2007 14:37  
Anonymous Anonyme said...

Eh bien je ne suis pas une artiste professionnelle (je suis enseignante) mais quand j'ai vu ce que m'a coûté la participation au salon d'automne, puis au salon d'été du Bugue sur Vézère (Dordogne), j'ai eu une pensée émue pour les artistes professionnels et je me suis dit : "heureusement que j'ai un autre métier, dis donc !"

Tout y était effectivement : les droits d'accrochage de 38,50 €, les 10% sur les ventes (mais il y a très peu de ventes), les trois pelés deux tondus qui visitent l'expo (j'ai regardé le registre des visites à l'entrée ; d'ailleurs au vernissage et à la remise des prix, je n'ai vu pratiquement que les exposants avec amis, famille, conjoints...)
Quoi d'autre ? pas d'assurance ; si les oeuvres sont volées ou abîmées les organisateurs ne peuvent être tenus pour responsables (par contre tu as le droit de leur faire un chèque).
Le même groupe de personnes d'une fois sur l'autre, dont les plus jeunes étaient moi, 35 ans, ainsi qu'un peintre marocain du même âge qui s'obstine, année après année, comme une brute, à présenter ses tableaux alors qu'il n'a jamais été primé (normal, ce sont des tableaux abstraits un peu expressionnistes à l'acrylique !)
Les critères débiles : j'ai entendu un peintre (sexagénaire) de marines qui se la joue méridional hâbleur dire qu'il fallait imposer un format minimum pour la prochaine édition, puisque certains travaillaient plus vite que d'autres et que ce n'était pas juste...
Enfin, petite vexation la deuxième et dernière fois que j'ai participé, après avoir fait mon chèque de 38,50€, envoyé mes tableaux par la poste, fait 300 kilomètres pour venir les récupérer... j'ai découvert que mes trucs avaient été mis dans un coin pour boucher un trou, un petit tableau de 50cm sur 20 avait été placé entre le haut d'une fenêtre et le plafond (autant dire qu'on ne voyait rien), deux autres étaient cachés par un tableau noir d'école qui empêchait un effet de contre-jour sur... d'autres tableaux. on voyait bien qu'au moment de l'accrochage ils avaient déjà jugé !
Il est vrai que je fais des choses dans un style "pas sérieux" ; je travaille le dessin au marqueur puis je peins à l'aquarelle, façon BD. Ce qui a fait dire à un organisateur (septuagénaire) de l'expo du Bugue : "bon, c'est vrai qu'il y a quelque chose, mais je ne mettrais pas ça dans ma salle à manger, c'est pour les jeunes !"

Bref, j'ai refait mes 300 km retour assez mécontente, en me disant que c'était vraiment un coup pourri... La première fois, je ne savais pas trop, et puis l'une des organisatrices (quinqua seulement) m'a dit "revenez au salon de printemps, là il y a du monde..." tu parles !

Depuis, je me rends mieux compte en additionnant le temps qu'on passe à peindre (même si c'est un loisir), le coût du matériel, le temps et le coût de la préparation d'une expo (achat des cadres et des passe-partout, travail d'encadrement, prix de l'essence, installation, etc. Si on te demande de payer pour exposer, c'est un peu comme si on te demandait de mépriser ton propre travail ou au mieux de le tenir pour un loisir élégant de personne éclairée.

Bon, je me dis que ces prétendus salons ne doivent pas drainer beaucoup d'amateurs d'art ni d'artistes professionnels (qui savent bien que ça se passe ailleurs!), mais c'est rageant de s'être fait "piéger" une fois, deux fois, d'avoir dépensé son argent pour flatter l'égo des organisateurs...

Si on y voit tout le temps les mêmes têtes, ça veut dire aussi que ceux qui sont véritablement dans une démarche artistique savent, à la longue, reconnaître ces plans foireux. Même chose s'il s'y vend peu de tableaux. Il s'y en vendra toujours quand même, car il y a d'indécrottables amateurs de marines sous la tempête façon 1830 ou d'anges de pierre mélancoliques qui rêvent auprès d'une fontaine moussue, les mains jointes...

Céline

11 septembre, 2007 19:59  
Blogger thalys said...

Et moi, du coup, je fais un peu le chemin inverse, à savoir une tentative de reconversion professionnelle, ce qui n'est pas gagné d'avance dans notre système actuel, où les discours ne reflètent en aucun cas la réalité du terrain...!
là aussi, il y aurait matière à dénoncer des mesures différentes selon l'es catégories sociales, et que notre système français n'est pas prêt à donner les mêmes chances de progression sociale.
Peut-être un nouveau billet à écrire!

13 septembre, 2007 15:59  
Anonymous Anonyme said...

Ben le système cherche à faire un maximum de profits et d'économies, en faisant peser un maximum de tâches sur un minimum de salariés...
De plus l'entreprise s'introduit partout, même dans des domaines qui n'étaient pas censés la concerner (l'éducation par exemple) et fait donner un sens très réducteur à l'expression "création de richesse", qui devient synonyme exclusif de "rentabilité économique"...
C'est pas gagné, mais c'est pas perdu non plus : il y a quand même de la résistance à cette évolution.
Bon courage pour la suite.

Céline

14 septembre, 2007 11:16  
Anonymous Anonyme said...

Bonjour Thalys, j'ai trouvé ce site sur le statut des artistes :

http://www.muzarte.net/blog/?p=61

L'auteur y explique clairement que le droit d'accrochage est illégal.

Céline

21 septembre, 2007 06:01  
Blogger thalys said...

Effectivement, c'est très bien expliqué, ainsi que tout les statuts se rapportant aux artistes peintres.
Merci beaucoup Célinepour ces précieuses informations!

21 septembre, 2007 10:48  
Anonymous Anonyme said...

En tant que commerçant j'envisage de prendre des tableaux en expo,en faisant payer un DA + commission. Il me semble que ça peut être avantageux pour tout le monde,ça peut rapporter à l'artiste plus que de ne pas payer de DA mais ne toucher que la moitié de la vente !
Je sais de quoi vous parlez,avec ces lieux d'expo ou on se regarde le nombril.Un commerçant peut être plus clair.
Et quid du problême du client qui va tenter de traiter avec l'artiste directement ?

05 janvier, 2008 15:30  
Blogger Elizabeth said...

Pour ma part, voilà ce que j'ai écrit hier, car ce genre de pratique devient de plus en plus répandu, suite à la lecture d'un appel à candidature lancé par la CCI MARSEILLE PROVENCE où bien sur il n'y a pas d'argent pour rémunérer les artistes et ou il faut céder gratuitement nos droits comme d'habitude je vous mets le liens ci dessous: http://www.alternatif-art.com/index.php/les-appels-a-candidature/Appel-a-candidature-Deuxieme-concours-artistique-organise-par-la-CCI-Marseille-Provence.html
Le pamphlet du jour
APPEL AUX ARTISTES PLASTICIENS j'entends, les artistes professionnels qui ont un n° SIRET et de MDA

Je pense qu'il serait temps de mettre les choses au point et de NOUS poser collectivement certaines questions concernant l'exercice de notre profession Certaines pratiques de plus en plus répandues, nous sont plus que préjudiciables et il serait temps d'imposer de bonnes pratiques et pour cela il n'y a pas 36 solutions il faut savoir dire NON et refuser ce qui nous paraît aller contre nos intérêts collectifs qui doivent devenir nos intérêt individuels Refusons de payer pour exposer dans les collectivités locales, les restaurants, ou autres. Nous leur apportons une réelle plus value, nous faisons vivre leurs lieux; Lorsque ces mêmes lieux font appel à des musiciens ou acteurs croyez vous qu'ils ne les rémunèrent pas? Lorsqu'ils diffusent de la musique dans les restaurants ne payent-il pas des droits à la SACEM et pourquoi acceptent -ils de le faire? Parce qu'ils n'ont pas le choix et que tout à un prix, même la culture, ils doivent comprendre que nous méritons TOUS d'être rémunérer Refusons de répondre aux appels à projets et à candidatures qui nous font travailler pour ZERO euros (ou seul les commanditaires en tire un bénéfice et où vous, vous allez investir, en temps, en matériaux, en transports, quand ce n'est pas en hébergements, en frais de restauration ou de communications etc...) Faisons valoir le droit de présentation loi de 1957 Ne signons pas de contrat bafouant nos droits d'auteurs ou l'on nous demande d' abandonner toutes rémunérations en échange de l'extrême privilège de pouvoir montrer vos œuvres au public Exigeons d'être payé pour notre travail.

18 avril, 2009 12:29  
Blogger Thalys said...

Je partage complètement ton avis Elizabeth!! et comme toi, je revendique que les artistes peintres et plasticiens soient rémunérés pour exposer et non le contraire!
Et je refuse de payer pour exposer. Ce qui fait que j'expose de moins en moins, d'autant que les lieux gratuits de ma ville viennent d'être fermés pour cause de changement de politique culturelle de la municipalité.
Malheureusement je n'ai pas le sentiment que pour le moment, les choses sont en voie de s'améliorer!
Il y a aussi les faux lieux gratuits, où l'artiste est "invité" à payer une cotisation pour pouvoir exposer....
Un collectif de plasticiens s'est crée sur Pau, j'en fait partie, et nous tentons de réfléchir et de trouver des solutions pour trouver des lieux d'expositions et de ressources... mais le problème de la rémunération et de la gratuité d'un lieu d'exposition reste entier....

18 avril, 2009 14:21  

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